Projet en cours à Meudon… Un peu d’histoire !

Publié le 7 novembre 2017 dans Projets en cours

Je travaille actuellement sur un projet se situant dans une très belle résidence localisée dans le quartier de Bellevue à Meudon. Résidence réalisée en 1968 par l’Atelier 12, dont les fondateurs ont été des collaborateurs de Le Corbusier

Mais avant de parler de la résidence en particulier, voici un peu d’histoire…

Au départ ; deux châteaux avec de grands domaines ont formé et donné leurs noms à Meudon et au quartier de Bellevue. D’autres hameaux situés à proximité ont fini de constituer le territoire occupé par la ville actuelle : Le Val, Fleury et le Bas-Meudon ou Meudon-sur-Seine. A la fin du XIXème siècle, les grandes propriétés ont été loties de façon progressive et ont fait place à des villas entourées de jardins. Pendant l’ère industrielle, une population nouvelle est arrivée, ce qui a entrainé une grande demande en logement, d’où la construction de résidences.

La résidence « Les Pierres Levées » se situe dans le quartier de Meudon-Bellevue, donc à proximité ou dans l’ancien domaine du château du même nom.

C’est madame de Pompadour qui fit construire le château en 1750 sur un terrain offert par le roi Louis XV. A la mort de la marquise en 1757, le roi modifie la distribution et le décor intérieurs et confie à l’architecte Ange-Jacques Gabriel de nouveaux aménagements. A la mort de Louis XV, en 1774, le parc est profondément modifié et agrandi par les filles de Madame de Pompadour (création de jardins anglais, d’une bergerie à la façon du Petit Trianon de Marie-Antoinette…).

Le vue du château de Bellevue vers la Seine

En 1791, le château est pillé, puis déclaré Bien National. Il passe ensuite entre plusieurs mains, puis en 1824, Achille Guillaume, un riche financier et spéculateur immobilier le rachète et finit de détruire le château. Il divise le domaine en lots à vendre bâtis et non bâtis. Les anciennes allées deviennent des rues. Dénommée Place Guillaume, une place marquait l’emplacement précis du bâtiment central du château. En 1919, la place Guillaume pris le nom de place du Président Wilson.

Il semblerait qu’Achille Guillaume, étant également administrateur de la compagnie des chemins de fer, fit opportunément détourner le passage du chemin de fer dans le lotissement, rendant ainsi son lotissement plus attractif. Aucune certitude à ce sujet… La gare de « Bellevue » se situe non loin de l’emplacement de l’ancien château.

Plus tard, d’autres promoteurs achètent des propriétés de grandes superficies et y implantent de grands immeubles d’habitation.*

Ainsi la résidence « Les Pierres Levées » a été construites sur le terrain de la villa Mignon dont on voit encore des vestiges (le portail et le portillon d’entrée et sûrement l’immense et magnifique Sycomore).

 

La résidence « Les Pierres Levées » est assez significative, les bâtiments occupent un espace paysager remarquable (et remarquablement bien entretenu). Chaque logement a une vue sur le jardin paysager.

L’agence Atelier 12, qui en fit la conception, fut créée en 1956 par d’anciens collaborateurs de Le Corbusier, Roger Aujame, sa femme l’américaine Edith Schreiber, Henri Quillé et Jean-Paul Riquois.

Roger Aujame est né à Paris en 1922, il rencontre Le Corbusier à Vézelay en 1942. Il travaillera à l’Atelier du 35, rue de Sèvres pendant 7 ans. Il y rencontre sa future femme. Il travaille notamment sur les recherches préliminaires pour l’unité d’habitation de Marseilles, sur le Modulor, le plan de Saint-Dié, sur la mise en forme de l’ouvrage « Les Trois établissement humains » (1945), la maison du docteur Curutchet à la Plata en Argentine (1949). C’est en 1956 que Roger Aujame obtient enfin son diplôme d’architecte à l’ENSBA. Il sera l’un des membres fondateurs de l’association internationale des Amis de Le Corbusier à Genève et sera également impliqué dans l’association des amis de Le Corbusier créée à Paris. Il donnera pas moins de 24 conférences sur Le Corbusier, l’homme et son œuvre.

Edith Aujame, de son côté, sera ensuite activement impliquée dans le domaine de l’éducation : présidente de l’AEP (association pour l’environnement pédagogique), très active dans les années 1960-1970 (avec, entre autres, Freinet et Montessori), elle est notamment à l’origine du projet de La Source à Paris. **

Henri Quillé s’est installé à Formentera en 1968 avec sa famille – il n’a donc peut-être pas travaillé sur la résidence qui nous intéresse… Il y a construit une 30ène de maison (dont la sienne en 1980). Ces maisons ont été pionnières dans la recherche de l’autosuffisance énergétique, l’utilisation durable de l’eau et l’intégration du paysage. L’architecture des maisons d’Henri Quille est reconnaissable aux ouvertures compactes, à l’austérité et à la répétition d’une très petite palette de matériaux, à la présence de la voûte en brique plate abaissée et l’utilisation de certains éléments typiques du mouvement moderne, comme l’utilisation du modulor de Le Corbusier.***

Quand à Jean-Paul Riquois, je n’en ai pas trouvé de trace…

 

Mais revenons à la résidence par elle-même ;

Elle est constituée de 3 bâtiments (41 logements) avec toitures terrasses. Ils ont été réalisés en béton. Les garde-corps en béton ajouré sont le principal élément décoratif. Le premier bâtiment par lequel on accède à la résidence est sur pilotis. Parfois, on y voit une table et quelques chaises lorsqu’il fait beau !

Chaque appartement possède plusieurs terrasses avec des vues sur le jardin. Toutes les pièces possèdent de très grandes baies vitrées coulissantes en bois exotique. Elles sont équipées de volets roulants en bois également… Les motoriser n’aura pas été simple vu la grandeur de certaines (la plus grande faisant 5 mètres) !!

 

Dans le prochain article, je vous parlerai de la rénovation de l’appartement… Un peu de patience !

 

Sources :

* Polyphonie des valeurs L’Histoire des lieux à Meudon Bellevue Hélène Bouisson Caue 78

** Wikipédia

*** Enciclopédia d’Eivissa I Formentera